Agathe et Marion ont réalisé plusieurs descentes de rivières en canoë en France, jusqu’à une descente de la Loire. D’où l’idée d’une expédition plus ambitieuse : la descente du Danube avec même l’idée de rejoindre Istanbul par la mer Noire. Un dossier adressé à La Guilde, permet d’obtenir une bourse de l’aventure et une part de financement. Plus question de canoë. Une embarcation plus sérieuse s’impose, à l’aviron sur le haut Danube, à la voile ou à l’aviron dans le bas Danube, à la voile en mer Noire. Agathe et Marion découvrent l’existence d’un bateau traditionnel du bas Danube: la Lotca. La recherche d’une Lotca d’occasion ne rencontre aucun succès. Un Swampscott dory (bateau américain) était à vendre sur le site de Skol ar Mor. Contact est pris avec l’école de charpente navale traditionnelle de Mesquer (Loire-Atlantique) qui propose une meilleure option : construire une Lotca. Ces bateaux étaient utilisés principalement à la pêche, propulsés à l’aviron et à la perche dans les eaux peu profondes. Ils établissent une petite voile à livarde pour le vent portant, en barrant avec un aviron de queue. Les recherches sur internet, suivies même d’un séjour en Roumanie par Boris Proutzakoff, formateur en charpente navale, permettent de recueillir quelques plans et beaucoup de photos. C’est là que j’interviens, pour dessiner la Lotca de l’expédition, aussi fidèle que possible au type traditionnel.
Les dimensions de cette Lotca ont été définies en fonction du projet d’expédition : bon bateau d’aviron pour deux personnes, volume suffisant pour emporter le matériel nécessaire. Les formes sont symétriques, avant-arrière, mais plus relevées à l’avant. Les fonds sont très plats. On convient d’une voilure plus généreuse, avec un gouvernail et une dérive latérale de type de celles utilisées sur les batelleku, canots traditionnels basques. La construction se fait en bordé franc sur des membrures découpées. L’absence de puits de dérive permet de passer des nuits à bord quand il est impossible de planter la tente à proximité. Un point important de mon rôle d’architecte naval a été de définir, en volume et en emplacement, des éléments de flottabilité permettant le redressement du bateau sans aide extérieure.
La Lotca a été mise à l’eau, comme d’autres réalisations Skol ar Mor, le samedi 26 juillet 2025. Essais à l’aviron et sous voile ont été faits dans les jours suivants, de même qu’un test de redressement après chavirage. Une semaine plus tard, le bateau et son équipage sont partis pour Ulm en Allemagne, point de départ de l’expédition.
C’est là que l’aventure commence par de longues journées à l’aviron, le plus souvent sous une chaleur harassante en ce mois d’août de canicule. Agathe et Marion dorment le plus souvent sous tente, sur une plage ou à proximité. Parfois elles se font ouvrir un local de club nautique ou un hôtel désaffecté. Elles ne dormiront à bord que deux fois. La voile est peu utilisée, le vent étant trop faible, irrégulier ou contraire. La dérive latérale est difficile à mettre en place et à y maintenir, faute de mise au point suffisante. Ce dispositif nuit sérieusement à la capacité à remonter au vent et à virer de bord. La descente du Danube se fait donc essentiellement à l’aviron et c’est une belle performance ! En mer Noire, elles réussissent à parcourir une centaine de milles, mesurés en ligne droite, malgré la difficulté à progresser efficacement sous voile. L’aventure se termine à Mangalia, dernier port roumain avant d’atteindre la frontière bulgare. Bravo !
Vous pouvez suivre l’aventure d’Agathe et Marion sur Polarsteps.
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