Ilur

Voile-aviron

Avant que les temps modernes ne viennent tout bouleverser, les petites embarcations, qu’elles soient de pêche, de service ou de plaisance, étaient propulsées à la voile ou à l’aviron. Les deux coexistaient car un voilier a toujours besoin d’un moyen de se déplacer quand le vent manque et un canot à l’aviron, sauf en eaux restreintes et abritées, ne résiste pas à la facilité de se faire aider du vent !Progressivement, tout au long du 20ème siècle, les embarcations traditionnelles vont évoluer. A la pêche, c’est le moteur qui devient roi. Les non-professionnels vont opter pour le « pêche-promenade » associant voile et moteur. Le régatier va créer le « dériveur léger » ou le quillard de régate et, plus tard, le catamaran et la planche à voile. Quant à l’aviron pur, il va donner naissance à des engins aussi performants que peu marins.

Le point commun de toutes ces évolutions, outre le recours à des matériaux modernes comme le polyester, c’est une spécialisation de plus en plus forte de chaque bateau à un usage spécifique, alors que le canot traditionnel était au contraire très polyvalent, tout en présentant une extrême variété représentant les traditions locales, les conditions de mer et d’abri de son lieu d’origine.

C’est dans ce contexte que quelques passionnés, associant pratique de la voile, curiosité pour notre patrimoine maritime et une certaine insatisfaction vis à vis d’une plaisance qui devient un loisir de masse, vont « inventer » le voile-aviron.
Ils inventent aussi le « mot » voile-aviron comme le principe d’un « naviguer autrement » sur des bateaux qui vont permettre de redécouvrir ce que les voiliers modernes ne proposent plus ou mal : naviguer dans un bateau « creux » où le panier de pic-nique trouve bien sa place, trouver le plaisir de la nage à l’aviron, silencieuse, en mer ou dans une rivère à marée.

Le voile-aviron, même s’il s’inspire d’une tradition, sait aussi s’insérer dans notre société d’aujourd’hui. Plus léger, par les méthodes modernes de construction qui ne renient pas nécessairement le bois, facile à transporter sur remorque et à mettre à l’eau, il s’affranchit des infrastructures portuaires et du bétonnage du littoral.
De petite taille, il se prête particulièrement bien à la construction individuelle dans un garage et constitue même une merveilleuse façon d’exercer ses talents de bricoleur. Il a d’ailleurs été souvent choisi par des établissements scolaires ou des associations dans un but pédagogique.

Dès sa première parution en 1981, la revue « Le Chasse-Marée » s’attache au développement du voile-aviron. Fin 1981, je dessine l’Aven, le premier voile-aviron de série, qui sera construit en 80 exemplaires par les constructions navales de Loctudy (chantier de Massol).
En 1985 sort le premier dossier de construction de l’Aber, un bateau spécifiquement conçu pour la construction individuelle. Petit à petit d’autres plans suivront couvrant une plus grande variété de programmes de navigation.
Dans les années 2000 sortent les premiers bateaux (Laïta, Minahouet) proposés en kit, à base de contreplaqué découpé sur machine à commande numérique, simplifiant considérablement la construction.

On réserve maintenant le terme voile-aviron aux bateaux pour lesquels l’aviron est un vrai mode de propulsion alternatif à la voile, et permettant de se passer de toute motorisation. Mais on peut naviguer dans un même esprit avec les bateaux que nous classon en « plaisance traditionnelle ».
Les voiles-avirons ont maintenant une fédération, historiquement issue de celle des Yoles de Bantry, et un forum internet que je vous invite à découvrir.

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