Sheila : du pavillon anglais au pavillon français

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Sheila est un petit yacht construit en 1905 d’après les plans d’Albert Strange. Il a été labellisé Bateau d’Intérêt Patrimonial (BIP) en 2024, et son historique est consultable sur le site Patrimoine Maritime et Fluvial. Il a également remporté le prix du patrimoine maritime PMF-Shift Capital 2026.
Ses propriétaires successifs ont su le conserver dans sa configuration d’origine, sans moteur ni électronique. En 2024, il a été acquis par Éric Philippot, qui l’a basé dans la rivière d’Auray. À cette fin, il a quitté son pavillon anglais pour être enregistré sous pavillon français.
La directive européenne sur les bateaux de plaisance n’impose pas de vérifier la conformité des bateaux anciens aux normes ISO actuelles, et encore moins de rendre ces bateaux conformes.
Toutefois, le Royaume-Uni ayant quitté l’Union européenne, l’administration française a demandé que Sheila soit conforme aux normes ISO, essentiellement à la norme 12217-2 sur la stabilité. À défaut, le bateau n’est autorisé qu’à une navigation en catégorie de conception D, c’est-à-dire en eaux protégées. Un comble pour un voilier qui navigue depuis 120 ans autour des îles Britanniques !
C’est alors qu’Éric Philippot m’a contacté pour que son bateau puisse au moins être reconnu en catégorie C (vent maximum force 6). Je lui ai donc proposé de réaliser un test de stabilité afin de vérifier la conformité du bateau. C’est une prestation que je réalise couramment pour des bateaux neufs et plus rarement pour des bateaux anciens (c’est requis si un bateau a été modifié de façon assez substantielle).
Dans le cas présent, voici concrètement en quoi cela consiste :

  • Numérisation des formes à partir du plan de forme d’origine, pour pouvoir faire des calculs.
  • Établissement d’un plan de voilure du bateau par mesure des voiles.
  • « Pesée hydrostatique » consistant à mesurer le franc-bord du bateau (à l’avant et à l’arrière), en vue d’obtenir par calcul le poids réel du bateau, nécessaire pour la suite.
  • Expérience de stabilité consistant à faire gîter le bateau avec plusieurs personnes (préalablement pesées) placées d’un bord puis de l’autre et de mesurer la gîte qui en résulte.
  • A partir de cette expérience, détermination de la position verticale du centre de gravité et de la courbe donnant le moment de redressement en fonction de l’angle de gîte. On détermine aussi l’angle au-delà duquel le bateau est envahi (son cockpit n’est ni étanche, ni autovideur).
  • Application d’une option de la norme dite « raideur à la toile » consistant à comparer le moment inclinant (dû à la voilure et un vent théorique de 13 m/s) avec le moment de redressement.

C’est donc ce qui a été fait et donné lieu à un rapport détaillé, adressé au ministère à Paris. Il s’en est suivi de nombreux échanges par e-mail et téléphone avec un fonctionnaire qui a demandé à se faire expliquer chaque paragraphe du rapport… Après de nombreuses semaines, Sheila a enfin obtenu son certificat d’enregistrement lui permettant de naviguer comme il l’a toujours fait.
Laissons de côté les travers d’une administration exagérément bureaucratique pour retenir l’essentiel. Depuis que la directive européenne sur les bateaux de plaisance est rentrée en application (elle date de 1998), VivierBoats en a appliqué les normes à de très nombreux cas de bateaux traditionnels ou classiques, à voile ou à moteur, et il a toujours été possible de trouver des solutions satisfaisantes, sans nuire au caractère du bateau. La norme la plus contraignante est celle qui concerne la stabilité et la flottabilité. Cette norme (12217-1-à-3) totalise 300 pages d’un texte dense et s’applique à tout bateau d’une longueur comprise entre 2.5 m et 24 m. C’est un texte très technique et seul un architecte naval, et VivierBoats en particulier, est à même de vérifier la conformité préalable d’un projet de bateau et de définir les meilleures solutions techniques.

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